Hier soir, j'ai accompagné Lucas au Pathé Bellecour pour voir le fameux "300" dont on nous rabattait quelque peu les oreilles depuis quelques temps. Au bout d'un peu plus de deux heures, mon verdict est tombé, sans appel : mauvais.
Lecteur assidu d'Hérodote, dont les neuf livres de "l'Enquête" ont été pour moi une source de plaisir incroyable lorsque je les ai dévorés, je n'en ai été que plus affligé lorsque j'ai été soumis à la torture mentale que représente ce film, pompeux blockbuster, certes sur certains points esthétiquement réussi, qui suit le déroulement global tel que le père de l'histoire les relate dans le Livre VII dans "nos" paragraphes 196 à 238 -il faut rendre cette justice- mais qui est victime d'un certain nombre de tares irrécupérables.
Je développerai donc ma critique suivant trois axes : considérations morales et esthétiques, Héllènes et Perses face au réalisateur, et enfin, aberrations historiques.
Tout d'abord, le film semble guidé par ce que j'oserai qualifier d'instincts manichéens totalement américains : l'opposition entre les Grecs, courageux défenseurs de la "liberté" et les vils Perses corrompus, perfides et assimilés à l'"obscurité", aux "ténèbres" est une allégorie peu subtile de ce "choc des civilisations" entre occident et orient qui tient tant à coeur outre-atlantique.
En soit, ce travers est pardonnable, tant il est une constante dans nombre de films anglosaxons -il apparaît d'ailleurs dans la trilogie du Seigneur des Anneaux de Jackson. En revanche, l'obsession blockbusterienne du "monstre" y est insupportable, et ce qui eût été tolérable dans de l'Heroïc Fantasy ne l'est pas dans un film prétendant reprendre un événement historique, car du rhinocéros à l'homme-bouc en passant par l'espèce de troll qui accompagne les immortels et l'homme-crabe officiant comme bourreau, le spectateur a plus l'impression d'être face à un jeu vidéo dont chaque niveau se clot avec un "boss de fin" que devant un film construit.
Qui plus est, je ne peux m'empêcher de reprocher des défauts constants transparaissant tout au long de "300" : une quantité incommensurable de temps morts, de ralentissements inutiles qui essoufflent le rythme, surtout quand ils s'accompagnent de discours peu convaincants ; le rôle quelque peu putassier des femmes, qui sont soit oracle "allumé", soit reine -moche- prompte à un "adultère par amour", soit trois lesbiennes lubriques de la cour de Xerxes. Leur image n'est d'ailleurs pas vraiment rehaussée par un bon quota de scènes pseudo-érotiques -je songe notamment à l'étreinte "passionnée" entre Léonidas et sa grognasse dont le rendu, en particulier sonore (les gémissements) est fort peu satisfaisant- et de plans poitrinaires caractérisés par une omniprésence de tétons dressés...
De fait, le premier reproche que je faisais au film induit celui à venir, à savoir un téléologisme insupportable. N'en déplaise au réalisateur, la "Grèce", en tant qu'entité politique ça n'existe pas. Subséquemment, je vois mal des Spartiates -c'est à dire les habitants d'une CITE et non pas d'un constituant d'une FEDERATION- partir en guerre en dédiant leur combat à "la Grèce et la liberté". Il y a des Grecs, des Hellènes, vivant dans une zone plus ou moins définie ne se limitant pas, loin s'en faut, à ce que nous nommerions le Sud de la péninsule balkanique, et au-delà de laquelle vivent des barbares. Mais cela n'implique pas l'existence d'un sentiment national qui ne voit le jour que près de 2000 ans plus tard, alors que la Grèce (dans son acception géographique) est occupée par les Ottomans ; Hérodote lui-même pourtant panhellénien est loin de la conception nationale moderne qui est celle du film.
Evoquer le traitement téléologique des grecs m'emmène enfin à aborder le thème -vaste !- du traitement des Perses, qui est tout bonnement innommable.
[Mais que je traiterai ultérieurement, du fait de ma fatigue croissante. je précise néanmoins les "points" afin de permettre une justification.]
- Xerxès NOIR ?!? sans barbe ?!? efféminé ?!?
- Piercing ?!? (ne se pratiquait guère qu'aux oreilles, et encore : cf bas reliefs des cités perses)
-
-détournement ridicule de ce que sont les Ephores ; et Delphes ?
- et les autres Grecs ? 500 Tégéens, 500 Mantinéens (cad 1000 arcadiens), 400 Corinthiens, 200 de Phlionte, 700 Béotiens, 1000 Phocidiens ? bien que 6000 soit partis (de l’initiative des spartiates dixit Herodote) au bout du 3ème jour. Phocidiens sont en fait restés jusqu’au bout.
- Immortels (Athanatoi, terme inventé par Hérodote de l'avilissement du persan : anusiya cad Compagnon) sont farfelus : Katanas et allures de Samourai. Etaient en fait habillés de robes ornées, armés de lances, épées et boucliers
- Quid des cuirasses, des méduses des boucliers ? Usage saugrenu de la lance -influence néfaste des combats de rue modernes.
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