Navrant. Affligeant. Tels sont les deux qualificatifs qui me viennent à l'esprit lorsque je pense à "Je suis une Légende", que je viens d'aller voir en compagnie de Quentin.
Non pas que ce blockbuster revendiqué soit desservi par de mauvais comédiens (sur un total de trois -un peu plus si on prend en compte les quasi-figurants des scènes de panique à New York-, ça
n'est guère étonnant) , car Will Smith est à peu près crédible dans son rôle de scientifique-survivant rendu paranoïaque par la solitude, réduit à dialoguer avec son chien. Crédibilité accentuée
par l'ambiance lourde inhérente à la faible quantité de dialogues...
Non pas, non plus, qu'il soit esthétiquement raté : les travellings des avenues New-Yorkaises envahies par la végétation sauvage post-nuke sont fort belles et impressionnantes, les effets
spéciaux de zombies fort réussis et le tout est filmé de façon tout à fait acceptable. Nombre de scènes sont, il faut le dire, belles et/ou impressionnantes (je songe à la partie de chasse en
Ford Mustang et aux différents assauts de zombies) tandis que la réalisation (ratio scènes d'actions courtes et violentes / longues scènes pesantes et angoissantes, comme celle de
l'entrepôt-ruche à zombies) reste impeccable.
Non, le problème vient de deux choses : des incroyables incohérences de son sénario (lequel est d'ailleurs fort prévisible du bout en bout) et du fond de propagande évangéliste qui en fonde la
conclusion.
Commençons par ce dernier point, puisque c'est sur celui-ci que se clos le film. Bien qu'étant particulièrement tolérant, y compris sur les questions religieuses, j'ai un peu de mal quand elles
s'immiscent dans un film pour en constituer une morale et une propagande particulièrement insidieuse. Ainsi le Seigneur, dans son infinie miséricorde, puisse être le facteur conclusif de
l'aventure, qui guide les pas de ses fidèles vers la rédemption (c'est à dire vers une sorte de Middletown pur de toute profanation virale) et qui, dans une glorieuse apparition a Docteur
Neville, l'amène à se suicider, entraînant dans sa mort de martyr une floppée de Zombies, pour sauver la veuve et de l'orphelin... Sans commentaire.
Rattachable à cela, tout aussi vomitif mais tellement banal que je ne m'appesantirai pas dessus, citons aussi le patriotisme omniprésent de la chose : bien sûr, son éminence le docteur Neville
est américain et le Middletown susnommé où s'entassent les rares survivants se trouve dans le Vermont, mais en plus, dans ce monde dévasté où toutes les créatures vivantes ont contracté le virus
zombophore, flottent encore, héroïques, les drapeaux américains, intacts. C'est à croire que les mites ne sont pas zombéifiables...
Passons aux incohérences, assez stupéfiantes dans un film ayant bénéficié d'un budget aussi conséquent (à moins qu'elles ne soient la conséquence du budget...). Imaginez ainsi un New-York
post-nuke où ne demeure encore qu'un seul survivant... la logique voudrait qu'il ne bénéficie plus d'électricité, plus d'eau courante, plus rien. Mais non ! l'incroyable docteur Neville continue,
même dans l'adversité, à vivre l'American dream de son American way of life : entre parties de chasse au daim et ballades en 4x4 dans la ville, il prend le temps de laver doucereusement son chien
dans la baignoire (on ne dénoncera jamais assez le risque des puces-zombies) et de regarder Shrek sur son home cinéma. Et oui ! Vous serez également heureux d'apprendre que cet être d'élite
concentre dans sa maison, en sus des installation précitées un arsenal de fusils d'assaut, des pistolets dans tous les tiroirs et un laboratoire souterrain...
J'ai en revanche été soulagé de découvrir que les zombies, même déshumanisés, étaient assez intelligents pour élire un général-bélier (reconnaissable à sa musculature), capable de concevoir de
merveilleux pièges à attraper l'humain... Fabuleux ! On est aussi en droit de s'interroger sur les modalités de la venue de la femme-sidekick en 4x4 au milieu d'une ville condamnée, alors qu'elle
prétend s'être enfuie à bord d'un navire de la croix rouge...
Enfin ! Au point où j'en suis, je ne me vois pas continuer à dézinguer la bête à tout va, comme le fait si bien le docteur Neville avec ses amis zombies. Je suis néanmoins déçu d'un tel gâchis de
potentiel, livré aux désirs démagogique d'un public avide de Dieu et de bêtise. Arrivé à la fin de cette critique, je pense que le mot de la fin, celui qui la conclura le mieux tout en
définissant le mieux la chose est : regrettable. Amen.
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