Je manque de tout ; d'argent, de temps, de motivation... Aussi, afin de ne pas laisser dépérir ce blog, me décide-je à vous faire partager
un meeeeeeeeeeerveilleux exposé d'Histoire Japonaise (le style est mauvais, la présentation scolaire, les fautes de frappe et de français
omniprésentes, mais, vaille que vaille) ayant pour thème :
Prisonniers des Japonais
pendant la Seconde Guerre Mondiale
« Sur le champ de bataille, nous n’avons
jamais considéré que les Chinois étaient des êtres humains. Lorsque vous êtes le vainqueur, les perdants semblent vraiment misérables. Nous avons conclu que l’ethnie Yamato était
supérieure ». Ce court propos du soldat de l’armée Showa Uno Sintaro semble résumer
avec efficacité les huit ans de guerre que mena le Japon sur le théâtre d’opération extrême-oriental, d’abord en Chine, puis en Asie du Sud Est et dans le pacifique, la « longue trainée de
sang » (pour parler comme Jean-Louis Margolin), le long chapelet d’exactions tant sur les populations civiles que sur les militaires qui accompagna la conduite des opérations de l’Armée
Impériale.
En effet, en huit ans, le Japon asservit
littéralement des peuples entiers auquel il imposa un travail forcé, commit des crimes de guerre innommables sur des prisonniers de guerre chinois, interna dans des conditions sordides civils et
militaires alliés, ce en violation totale de tous les traités de droit international et de son propre code de l’honneur militaire, tout comme le faisait dans le même temps mais aux antipodes son
alliée l’Allemagne nazie. Or tant de proximité dans les faits ne peut qu’interpeller lorsque l’on constate les différences fondamentales dans l’Histoire immédiatement antérieure à ces actes de
ces deux pays.
Ainsi nous pouvons donc nous demander comment, sous
l’influence des idéaux militaristes et totalitaires, la perception de l’autre au Japon put être avilie pendant la seconde guerre mondiale au point de mener à une totale déshumanisation des
vaincus, civils comme militaires ; et quel reste l’écho de ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans le Japon actuel ?
I- Le vaincu et l’ « autre » dans
l’imaginaire militariste Showâ
A/ des antécédents mitigés
B/ Une évolution des mentalités
C/ Conquêtes et prisonniers
II- Etre prisonnier des japonais
A/ Une exploitation de l’Homme par
l’homme
B/ Un monde de violence quotidienne
C/ L'animalisation du vaincu
III- L'Heure du Bilan
A/ Crime et Châtiment
B/ Un demi-siècle de mémoire
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I- La reddition et le vaincu dans l’imaginaire japonais
A/ Des antécédent mitigés
De façon assez étonnante, peu de choses pouvaient préfigurer, en 1937, le déchaînement de violence qui allait frapper les vaincus
faits prisonniers par l’Armée Impériale Japonaise. En effet, les conflits dans lesquels elle avait été engagée antérieurement avec succès et qui avaient mené à la capture de prisonniers de
guerre s’étaient caractérisés par un traitement magnanime de ceux-ci : ainsi, les 1790 chinois pris à l’occasion de la guerre de 1894-1895 avaient été immédiatement relâchés contre la promesse de
ne jamais plus reprendre les armes contre le Japon, et les 79000 prisonniers russes du conflit de 1904-1905 touchèrent une solde deux fois supérieure à celle des soldats japonais, étaient nourris
à l’occidentale, au point qu’une infirmière de la Croix Rouge put écrire que « les japonais traitaient les Russes davantage en hôtes d’honneurs qu’en prisonniers ». Réciproquement, les quelques
1800 japonais faits prisonniers lors de ce même conflit purent rentrer chez eux la tête haute, sans nul blâme. Cette attitude droite est notamment inhérente au respect du Bushido, la voie du
guerrier qui prône entre autres l’humanité envers l’ennemi défait ou le faible, la générosité et l’honneur.
Le Japon avait, par ailleurs, fait montre de beaucoup de bonne volonté en matière de droit international : il avait en effet agréé
les conventions de La Haye de 1899 et 1904 relatives aux bons traitements des prisonniers de guerre, le traité de Versailles qui bannissait l’usage d’armement chimiques et bactériologiques, et
même le pacte Briand-Kellogg de 1929 qui prétendait mettre la guerre hors la loi. En revanche, considérant que les conventions de Genève de 1864 et 1929 recoupaient son propre code de militaire
de 1882, elles ne furent pas ratifiée, ce qui aura de lourdes conséquences…
Cependant, à coté de ce comportement exemplaire dans le traitement de ses prisonniers, le Japon des années précédant la guerre se
trouve être une véritable pépinière de violences sociales, en particulier exercées contre les territoires placés sous son protectorat : ainsi, en 1894 la répression de la révolte paysanne Tonghak
en Corée par l’Armée Impériale fait 50000 morts, tandis que la même année, la première prise de Port Arthur donna lieu à un massacre de centaines de prisonniers chinois civils ou non. De fait,
les conflits coloniaux du Japon à la fin du XIXè et au début du XXè siècle sont marqués par une extrême dureté à l’égard des populations autochtones : 0,5% de la population Coréenne et 1% de la
population Taiwanaise sont ainsi portés disparus suite à leur annexion… Un des symboles de cette dureté est l’apparition voit également apparaître en 1881 la Kempetai, sorte de gendarmerie
militaire aux pouvoirs étendus dans le domaine politique au contre-espionnage et à la censure –sorte de mélange entre la Feldgendarmerie et l’Abwher. Quoi qu’il en soit, les cas de crimes et
d’abus de la part de l’Armée Impériale restent sporadiques et confinés à des cas de répression d’agitations sociales ou civiles et leur ampleur ne dépasse guère ce qui pouvait se passer à la même
époque en Irlande par exemple ; et de 1914 à 1918, les prisonniers de guerre allemands restent traités avec de grands égards.
B/ Une évolution des mentalités
Cependant, les années 1930 voient une véritable évolution des mentalités, inhérente entre autres à l’essor d’une véritable pensée
totalitaire et ultraréactionnaire –si pas fasciste-, qui se traduit dans un premier temps par une acceptation totalement phantasmée du Bushido, laquelle s’impose progressivement au fur et à
mesure que les soldats d’extraction samouraï se trouvent remplacés par de jeunes « faucons » issus de milieux paysans. De fait, si ces derniers se prétendent et sont présentés comme les héritiers
des samouraïs –ils en portent le sabre dès 1935-, ils ne tardent pas à n’en conserver que les attributs moraux guerriers, et, faisant fi de son idéal d’auto-modération, poussèrent les conceptions
d’honneur et de loyauté à un extrême confinant à l’absurde. La loyauté ne devait plus se manifester à l’égard de l’Etat, mais d’un Empereur mythifié et de ses supérieurs hiérarchiques qui
pouvaient tous se réclamer dépositaire de son autorité à son échelle, et donc réclamer de ses subordonnés une obéissance sans faille, qu’il se devait de faire appliquer. L’honneur quant à lui
prenait une définition plus proche de la « fierté » que le maintien moral vis-à-vis de l’adversaire et a fortiori des civils : la défaite devenait donc une humiliation, un déshonneur à laquelle
le soldat japonais ne pouvait survivre. Par conséquent, tomber vivant entre les mains de l’ennemi, c'est-à-dire être fait prisonnier devenait à la fois une marque de déshonneur, et un manquement
à la loyauté exigée vis-à-vis de l’Empereur puisque le soldat n’avait pas lutté jusqu’au bout pour celui-ci.
Sous-jacent depuis toujours dans un Japon conscient de son particularisme, un nationalisme au racisme exacerbé, surtout à l’égard
des autres asiatiques, en particulier des chinois va par ailleurs crescendo dès le début des années 1930, en prenant pour fondement la doctrine du Kokutai no Hongi (les principes de la nation)
qui affirme la supériorité raciale Japonaise. De fait, les occidentaux sont considérés comme des décadents à la société individualiste, matérialistes, dont l’expansion ne peut donner lieu qu’à
une sorte de « choc des civilisations » (pour reprendre le mot de Samuel Huntington), entre –je cite- « l’esprit et la matière, les jaunes et les blancs ». Mais de fait de « jaunes », la
propagande Showa présente également les asiatiques comme des décadents, des faibles qui ne peuvent de protéger seuls. Aussi, suivant la doctrine du Hakko Ichiu (« le monde entier sous le même
toit »), les Yamato, l’ethnie japonaise dont la supériorité ne fait aucun doute –puisqu’elle est la seule nation dirigée par une divinité, le Tennô, descendant de la déesse du soleil Amaterasu-
se doit de prendre en charge leur devenir en leur apportant protection, mais en échange de leur contribution à son effort de guerre et à son expansion. S’y opposer apparaît donc un crime contre
la logique des choses imposée par une transcendance divine ; et l’opposition des chinois à cette expansion ne peut paraître qu’une preuve supplémentaire de leur « mauvaise foi » -argument qui
n’est pas sans rappeler celui des Romains à l’égard des Carthaginois. Ainsi s’installe donc une logique expansionniste cautionnée par un racisme lui-même soutenu par la religion
Shintô.
Mais ce mépris de l’autre, qu’il soit civil, prisonnier de guerre, asiatique ou occidental ne peut avoir seul donné lieu au
déchainement de violence qui va le toucher. Aussi faut-il chercher les origines de cette violence dans les rapports sociaux du Japon Showa et au sein même de l’Armée et de la Marine, en
particulier dans l’émergence en son sein d’une nouvelle génération d’officiers d’extraction paysanne. En effet, la condition paysanne du Japon de la première moitié du XXè siècle demeure
particulièrement précaire, aussi n’est il pas étonnant que le soldat désire, par une logique féodale, repousser ces conditions de vie harassante sur les peuples nouvellement conquis, permettant à
son milieu d’origine de sortir du lumpenprolétariat par la création d’une caste servile encore inférieure. En outre, la nécessité de s’imposer vis-à-vis de ses subordonnés conduit à
l’instauration d’un climat de violence au sein des forces armées, inhérent à la très forte hiérarchisation : le simple soldat est véritablement chosifié, battu, puni jusqu’à ce que son obéissance
et son respect envers son supérieur soit total. Par conséquent, lorsqu’au cours des conquêtes, il parvient à trouver des individus d’un statut social inférieur ou à sa merci (comme des
prisonniers), il opère un phénomène de reproduction sociale…
C/ Conquêtes et prisonniers
Si les conquêtes japonaises en Chine, furent limitées après la chute de Nankin du fait de la longueur considérable de la ligne de
front qui interdisait toute offensive majeure en raison de la dispersion des unités, le dernier mois de 1941 et les cinq premiers de 1942 vit l’armée Showa envahir des territoires considérables
dans le sud est asiatique, et par conséquent faire des dizaines de milliers de prisonniers, autochtones comme occidentaux, civils comme militaires qu’elle eut à prendre en charge avec l’aide de
la Kempetai et des gouvernements collaborateurs mis en place.
Il est nécessaire à ce stade d’opérer une typologie grossière –car une généralisation définitive est impossible- des types de
prisonniers tombés entre les mains japonaises :
- Les prisonniers de guerre chinois, dont un grand nombre fut capturé en 1937, puis une quantité grossièrement constante tout au
long du conflit du fait de l’absence d’offensive de grande ampleur sur ce front
- Les travailleurs forcés asiatiques, civils prélevés de force dans la population pour travailler à l’effort de guerre japonais,
comme nous allons le voir ultérieurement
- Les prisonniers de guerre alliés d’origine malaise, birmane, philippine, indienne auxquels fut fréquemment donné le choix de
collaborer et de s’engager dans des unités nationales combattant contre les alliés, ou de servir comme auxiliaires des gouvernements collaborateurs mis en place. Cependant, nombre d’exactions et
d’exécutions sommaires furent opérés dès la reddition, généralement proportionnelles à la résistance opposées avant la reddition, en particulier dans le cas des Philippines.
- Les prisonniers de guerre occidentaux, qui –sauf exception, comme les pilotes de bombardiers capturés- furent déportés dans des
conditions exécrables vers des camps de travail, « seulement » 8% étant exécuté sur place
- Les occidentaux civils qui, présents dans des territoires coloniaux, eurent à subir un internement dans des conditions
similaires à celles des militaires.
De fait, tant les conditions de détentions furent similaires pour toutes ces catégories, nous pourrions encore simplifier notre
typologie en :
- Ceux qui furent exécutés sitôt (ou presque) après leur capture (équipages de bombardiers abattus)
- Ceux qui furent maintenus en détention dans des camps et véritablement condamnés à une mort lente…
Il convient par conséquent d’étudier maintenant le quotidien et les traitements déshumanisants qu’eurent à subir les prisonniers
de l’armée Showâ pendant la seconde guerre mondiale.
II- Être prisonnier des japonais
A/ Une exploitation de l’Homme par l’homme
Suivant la doctrine du Hakko Ichiu, fut créée en 1940 par le ministre des affaires étrangères Hachiro Arita la Sphère de
coprospérité de l’Asie Orientale, abstraction qui unissait autour du Japon les gouvernements collaborateurs fantoches des pays occupés, dans un but officiel de créer une zone d’autosuffisance
dans laquelle le Japon aiderait progressivement ses alliés à s’industrialiser et à accéder à l’indépendance. Apparemment séduisante pour des nations espérant accéder à l’indépendance, cette
idée cacha dans les faits une véritable entreprise d’exploitation à grande échelle : en effet, son moteur principal, le Kôa-in, fut dans les faits plus un organisme de gestion de travail forcé
que l’ « agence de développement de l’Asie orientale » qu’il prétendait être : cette administration organisa dans les territoires occupés un système néo-esclavagiste où les populations civiles
furent assignées, contre des moyens de survie de misère, à des industries stratégiques : ainsi, en Chine et en Mandchourie, entre cinq et dix millions de « romusha » furent contraints de
travailler dans des industries et des mines aux capitaux japonais, entre quatre et dix millions d’indonésiens.
Ce travail forcé s’accompagna de déportations fonctionnalistes de population, dans un cadre intermédiaire entre celui du STO et
celui des Kommandos de camps de concentration (du fait des conditions de vie déplorables) afin de les mener là où de la main d’œuvre était requise, qu’il s’agisse du Japon stricto sensu comme les
810000 Coréens qui furent déportés au Japon afin de remplir les tâches industrielles que ne pouvaient accomplir les 9,5 millions d’hommes sous les drapeaux, ou de transferts entre des pays
occupés : ainsi 270000 travailleurs Javanais furent envoyés vers la Birmanie, dont seulement 52000 revirent leur foyer. Cela nous montre le taux de mortalité incroyablement élevé chez les
prisonniers de travail des japonais : plus de 100000 périrent lors de la réalisation de la ligne de chemin de fer Bangkok- Rangoon, dans la jungle thaïlandaise.
Prenant prétexte de la non-ratification de la Convention de Genève et de la non-considération de « l’incident Chinois » comme une
guerre à part entière, et en violation totale des conventions de La Haye, l’Armée impériale exigea également un travail de force à intérêt stratégique à ses prisonniers de guerre, sans
contrepartie alimentaire, l’imposant également aux officiers et sous-officiers, sous la forme de la construction de la voie de chemin de fer Bangkok-Rangoon, à laquelle fut assignée plus de la
moitié des 120000 prisonniers de guerre occidentaux, chantier sur lequel 27% des effectifs trouva la mort –avec de fortes disparités entre les nationalités : 60% des britanniques contre 29% des
australiens ; et entre les sections : 15% sur le coté birman, 73% sur la section F.
De fait, l’une des institutions les plus ignobles d’exploitation humaine par l’occupant japonais fut la création –suivant
l’exemple du viol de masse de Nankin en 1937- de « maisons de réconfort » pour les soldats, en violation de la convention de 1925 relative au trafic d’êtres humains. Ces bordels militaires
possédés par des propriétaires coréens, destinées à épancher les pulsions sexuelles des soldats du Tenno étaient achalandés par des circuits qui ne sont pas sans évoquer ceux des travailleurs
forcés : leur « main d’œuvre » de ianfu se composait de femmes (parfois mineures) raflées dans les populations vaincues par la Kempetai, de membres du corps des volontaires féminines trompées sur
leur réelle destination, voire d’infirmières japonaises. De fait, nous pouvons parler à leur sujet de véritables « prisonnières », puisqu’elles étaient enfermées de force dans leurs maisons
closes jusqu’à échéance de leur contrat, et ne pouvons qu’être frappés par l’étendue du phénomène, qui concerna en effet, selon les estimations, entre 300000 et 500000 jeunes femmes,
majoritairement Coréennes.
B/ Un monde de violence quotidienne
Du point de vue du quotidien, les ressemblances entre les univers concentrationnaires nazis et celui créé dans les camps de
travail japonais sont très importantes, en particulier dans la violence des rapports entre les individus. De fait, la captivité commençait généralement pour les prisonniers de guerre par des
marches forcées d’une rare mortalité comme celle de Bataan qui concerna 85000 prisonniers américains et philippins après la bataille éponyme, à qui on fit faire à pied un trajet de 97 kilomètres
sans arrêts, sans nourriture ni eau, et sous la violence permanente des gardes -tout prisonnier se plaignant était exécuté- avant d’être transportés dans des wagons à bestiaux bondés : entre
11000 et 23500 soldats périrent au cours de cet épisode tragique. Les transferts par voie maritime ne furent pas moins mortels : sur les 50000 prisonniers de guerre acheminés ainsi, 10800
trouvèrent la mort.
Contrairement à ce que voulut bien faire croire la propagande impériale –qui diffusa des photographies de prisonniers bien
nourris, fêtant l’anniversaire de l’Empereur-, les conditions de vie dans les 380 camps de prisonniers de guerre forcés furent exécrables. Sous nourris –leur nourriture consistait en du riz
décortiqué-, n’ayant un accès qu’à des soins basiques (les infirmeries des camps étaient servies par les médecins militaires prisonniers mais ne disposaient pas de véritables fournitures
médicales) incapables d’enrayer les maladies (malaria, beriberi) inhérentes à la promiscuité et à une mauvaise hygiène, les prisonniers enduraient un calvaire quotidien agrémenté par des brimades
gratuites : tout prisonnier ayant oublié de saluer un garde, ou ayant mal réalisé ses trois saluts traditionnels pouvait être exécuté séance tenante. De plus, tout prisonnier ayant tenté de
s’évader était condamné à mort, en vertu d’un « contrat » signé dès sa capture. La volonté d’humiliation était omniprésente à l’égard des prisonniers de guerre et prisonniers civils que cela
parte d’une volonté individuelle ou institutionelle : on fit ainsi venir 2000 prisonniers occidentaux en Corée en 1943 afin de les humilier publiquement pour montrer aux coréens la « puissance de
l’Empereur ».
N’ayant pas ratifié la convention de Genève, le Japon n’acceptait par conséquent pas les limitations imposés au traitement des
prisonniers de guerre, et par conséquent, la torture fut tout au long de la guerre fréquemment utilisée, généralement afin d’obtenir rapidement des informations tactiques, les soldats y étant
soumis étant généralement exécutés par la suite. Encore une fois, les similitudes avec l’Europe occupée est flagrante : la torture est essentiellement pratiquée sur des prisonniers de
guerre chinois (considérés comme des non-hommes par les ultranationalistes japonais, comme pouvaient l’être les Russes pour les nazis), pour lutter contre des mouvements de guérilla et de lutte
informelle dans les territoires occupés, ou à proximité du front.
C/ Une animalisation du vaincu
Poussé à son paroxysme, le mépris dont firent preuve les militaires japonais vis-à-vis de leurs prisonniers civils ou militaires
aboutit à une véritable animalisation du vaincu, et dont un des avatars les plus infâme est son utilisation comme cobaye dans la recherche sur des armements biologiques et bactériologique
(prohibés, rappelons le, par le traité de Versailles) par différentes unités dispersées sur tout le front asiatique Mandchourie : nous citerons ainsi l’unité 1644 de Nankin, l’unité 1855 de
Beijing, l’unité 516 de Qiqihar, l’unité 8604 de Guangzhou, l’unité 9420 de Singapour, et surtout, la tristement célèbre unité 731 de Harbin, en Mandchourie. Formées avec l’assentiment de
l’Empereur Hirohito, ces unités opéraient des expérimentations diverses sur des prisonniers de guerre (surnommés : Maruta, ou buche de bois…) essentiellement chinois fournis par la Kempetaï, qui
allaient de l’injection de bactéries (suivie d’une vivisection au stade final de la maladie), aux études sur la résistance au froid et à la pression atmosphérique (par le biais de cloches à
pression), en passant par l’essai de gaz de combat à l’intérieur de chambres à gaz, expérimentations qui ne sont pas sans rappeler celles des médecins de camps de concentration nazis. Par
ailleurs, des expérimentations à « grandeur nature » furent faites en empoisonnant puits et cours d’eau, mais cela nous éloigne de notre sujet. Quoi qu’il en soit le fait qu’une épidémie de peste
se soit propagée après la destruction des installations en 1945 est révélateur de la nature des expérimentations y étant opérées.
Comme nous venons de le voir, ces unités expérimentales utilisaient essentiellement comme cobayes humains des prisonniers de
guerre chinois. En effet, comme nous l’avons vu précédemment, l’embrigadement moral du soldat japonais était tel que le chinois n’était pas réellement considéré comme un homme, et était par
conséquent exécuté dès qu’il était fait prisonnier, ou envoyé dans des camps de travail. Mais ces prisonniers furent, tout au long de la guerre, déshumanisés et réduits à une fonction
utilitariste et bestiale, et servirent en effet de « mannequins » d’exercice des japonais pour le combat à la baïonnette : on compte en effet de très nombreuses occurrences de massacre de
prisonniers sur lesquels un rond de craie avait été dessiné à l’emplacement du cœur, afin que les soldats s’entraînent à la planter avec efficacité. Nous comptons également de nombreux cas où le
massacre n’était organisé qu’à des fins distractives, comme ce concours de décapitation « artistique » entre deux lieutenants qui décolletèrent chacun plus d’une centaine de prisonniers attachés,
à genoux…
La réduction au niveau de l’animal des vaincus alla encore plus loin : en effet, nombre de rapport et de témoignages dignes de foi
témoignent de nombreux cas de cannibalisme à l’encontre de prisonniers de guerre ou civils, ce sur toute l’étendue du théâtre d’opérations, de la jungle birmane aux îles du pacifique. Les raisons
de celui-ci ne sont pas uniformes : certes, dans de nombreux cas il est dû à des initiatives individuelles de soldats luttant la famine régnant au sein des unités japonaise inhérente à
l’extension excessive des lignes de communication et aux attaques sur celles-ci.
Cependant, il est avéré qu’il ne saurait être limité à des cas de nécessité, mais qu’il fut souvent au contraire encadré par la
hiérarchie, recouvrant alors une valeur symbolique de revanche contre l’adversaire : ainsi, le lieutenant général Yoshio Tachibana organisa en 1944 l’exécution de plusieurs aviateurs américains
qu’il consomma en compagnie de son Etat-Major, tandis que des prisonniers de guerre indiens témoignent qu’en Nouvelle-Guinée, les prisonniers australiens étaient ainsi progressivement
sélectionnés pour être mangés, leur viande étant parfois prélevée « sur les bras, les jambes, les hanches et les fesses » alors qu’ils étaient encore en vie pour être frites, le corps étant par
la suite laissé mourant dans des charniers
Le nombre et l’importance des crimes inhumains commis par l’armée impériale convainquirent les alliés et associés à tenir, à
la libération, une série de procès destinés à châtier les criminels japonais.
III- L’Heure du bilan
A/ Crime et Châtiment
D’une façon un peu comparable à ce qui se passa pour l’Allemagne, les alliés décrétèrent après la capitulation Japonaise la
nécessité de châtier les contrevenants aux conventions internationales s’étant rendus coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Et tout comme pour l’Allemagne, la justice fut
rendue par un tribunal international siégeant à Tokyo pour les personnalités principales, et par 49 tribunaux secondaires nationaux pour les personnalités secondaires, officiers subalternes ou
gardes. En fin de compte, sur les millions de Japonais impliqués dans les crimes à l’encontre des vaincus, seuls 5472 furent jugés, 1047 acquittés (proportion atteignant étrangement 40% en Chine
!), 920 condamnés à mort, 334 condamnation à la prison à vie, et 3099 peines de prisons à limites temporelles.
Cependant, les procès de fin de guerre furent marqués par une indulgence plus grande, induite en grande partie par le spectre du
communisme qui faisait primer les considérations politiques (à commencer par une humiliation modérée du Japon) sur les considérations morales. Aussi, contrairement à ce qui put se passer à
Nuremberg, aucune organisation ne fut condamnée ou même inculpée, les membres de la famille impériale impliqués dans des crimes à l’encontre de prisonniers ou dans l’exploitation des territoires
par une main d’œuvre servile furent totalement exonérés de poursuites à la demande même de MacArthur. Le Lieutenant Général Shiro Ishii, commandant de l’unité 731 et criminel contre l’humanité
fut exfiltré par les américains en échange des informations qu’il avait pu tirer de ses études sur cobayes humains. Quant à certains dignitaires « complices », comme Kishi Nobusuke, ministre du
Commerce et de l’industrie, ils purent même reprendre une carrière politique au sortir de la guerre…
Parallèlement, très peu de collaborateurs connurent un véritable châtiment : en 1948, une loi d’amnistie les blanchissait tous de
toute poursuite aux Philippines, quand bien même seulement 91 personnes avaient été inculpées…
B/ Un demi-siècle de mémoire
Soixante ans après la fin des Procès de Tokyo, on ne peut que constater que, si les crimes de guerre commis par l’Armée Showâ au
cours de la seconde guerre mondiale ne sont pas ignorés, leur impact dans le monde occidental reste limité, ce qui n’est guère étonnant si l’on prend en compte la volonté de Churchill (et de
Roosevelt) de toujours considérer le front européen comme prioritaire sur le front pacifique, et le fait que la partie de la population occidentale ayant été confrontée à la guerre soit
extrêmement faible quand son propre territoire était occupé et pillé.
On ne saurait également sous-estimer l’importance qu’a pu avoir le Pont de la Rivière Kwai de Pierre Boulle (écrit en 1952) et son
adaptation cinématographique de David Lean en 1957 sur l’appréhension qu’a pu avoir le reste du monde sur ces questions. Si cette œuvre possède une qualité artistique indubitable (dualité entre
Saito et Nicholson qui n’est pas sans évoquer la Grande Illusion de Renoir), elle n’en reste pas moins édulcorée dans la peinture qu’elle fait du traitement des prisonniers et des relations
prisonniers-gardiens. Aussi ne faut il pas s’étonner de la sous-estimation –amnésie selon JL Margolin- de l’ampleur des crimes japonais en occident, que l’on tend à limiter à l’internement des
prisonniers de guerre, sans prendre la pleine conscience de leur proximité en matière d’actes et d’échelle avec les crimes nazis.
La reconnaissance de ses crimes par le Japon reste quant à elle assez ambiguë : bien qu’il ait fait à plusieurs reprises montre
d’un repentir sincère (1993 par Kato Koishi au sujet des femmes de réconfort, 1995 Murayama Tomiishi fait des excuses complètes, etc…), et que la population ait pris conscience (officiellement
via des expositions, la création de centres de recherches universitaires et le film « Furyo » de 1989) des crimes commis, le monde politique connaît quant à lui un durcissement de ses positions,
avec des tentatives (assez maladroites) de justifier les crimes passés de l’Armée Showâ, la reprise des visites des premiers ministres à partir de 1985 à Yasukuni (qui avait été privatisé pour
éviter que des cérémonies officielles ne s’y déroulent), et surtout l’affaire du manuel scolaire « révisionniste » qui élude totalement les crimes passés (même si seulement 0,004% des
écoles l’avaient adopté) , ou encore plus récemment la déclaration d’Abe Shinzo niant l’existence des femmes de réconfort…
Quoi qu’il en soit (contrairement à une idée bien implantée en occident) plus grand monde au Japon ne conteste les crimes de
guerre commis contre les prisonniers civils et militaires, excepté une petite franche ultranationaliste complètement marginalisée qui, sans pleinement les nier, ne cherche qu’à justifier les
abus… Et dans les faits, la présence forte d’enseignants « de gauche » dans les universités nippones, comme Yoshimi Yoshiaki aide à l’acceptation de ce devoir de mémoire quand les partis de
droite, en particulier le PDL s’appuient sur un rejet partiel des fautes.
En revanche il y a une véritable hypermnésie du souvenir des crimes Japonais dans les anciens territoires occupés, en particulier
en Chine et en Corée où l’opinion publique considère que le Japon ne s’est pas assez humilié pour que ses excuses paraissent sincères, et à chaque anniversaire d’un épisode douloureux le serpent
de mer de la rupture des relations diplomatiques du fait de provocations parfois bénignes réapparait. De fait se dessine d’un point de vue historiographique une véritable lutte des chiffres entre
Japonais et ressortissants des territoires occupés : les seconds, en particulier l’historienne sino-américaine Iris Chang ayant, depuis 1945 pris l’habitude de gonfler à chaque crise diplomatique
le nombre de victimes chinoises, tandis que du coté coréen ressurgit de temps à autres des mythes de crimes de guerres, comme la stérilisation forcée des ianfu défendu, sans pour autant
présentation de preuves à l’appui, par Chin-Sung Chung. De fait, le chiffrage même du nombre de victimes dans les territoires chinois est aléatoire, du fait de la sous-administration du régime du
Guomindang et de l’absence de recensement fiables antérieurs à la guerre, mais nous pouvons estimer à 5 millions le nombre de chinois exécutés, 2 millions du fait du travail forcé sur un total «
officiel » de 35 millions.
Bibliographie
Ouvrages généraux :
DUUS Peter, MYER Ramon H., PEATTIE Mark R., The Japanese Wartime Empire 1931-1945,
Princetown University Press, 1996
REISCHAUER Edwin O., Histoire du Japon et des Japonais, Seuil, 1997
Ouvrages spécialisés :
ROULLIERE Claire, La Mémoire de la Seconde Guerre Mondiale au Japon, L’Harmattan, 2004
CHAGOLL Lydia, Une Enfance dans les Camps Japonais, Editions Luc Pire, 2006
MARGOLIN Jean-Louis, L’Armée de l’Empereur – Violences et Crimes du Japon en Guerre
1937-1945, Armand Colin, 2007
Sources culturelles d’intérêt sur le sujet :
Le Pont de la Rivière Kwaï (Roman de Pierre Boule, 1952 ; film de David Lean, 1957)
Furyo – Merry Christmas Mister Lawrence (film de Nagisa Oshima, 1983)
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